La danse des papillons

Mariposas Negras...

El don de Mariposas Negras by TorVicart
El don de Mariposas Negras by TorVicart

Pendant plus d'une semaine, je me suis battue, nous nous sommes battus, Lou et moi contre des... papillons !

Papillons blancs, et papillons noirs. Prédateurs toxiques et délétères .

 

Les "miens" étaient sombres, noirs... "Mariposas negras" comme disent nos voisins ibériques.

Je ne les connais déjà que trop bien : ils ont l'apparence et l'odeur de suie des papiers brûlés, dispersés par les vents mauvais, diffus et collants à la fois..

Alors, j'agite mes mains pour les disperser. Je ris, je chante... Rien n'y fait. Ils reviennent aussitôt danser sur l'écran fermé de mes pensées.

Quelques douleurs un peu trop précises, un peu trop pointues, fichées dans ma cage thoracique ont soudain réveillé la peur. Celle que fait naître les redoutables métastases, toujours possibles, toujours suspendues au-dessus de ma tête... Toile d'araignée invisible.

D'autant que ce Crustacé aux pinces insidieuses, qui s'est installé et a pris ses aises sournoisement dans les cavernes de mon sein gauche, est un Crabe "infiltrant". Et qui plus est, ce qui n'arrange rien, un "triple négatif". 

 

Les Triplettes

Cette triple négation, et ses souvent sinistres conséquences, m'a été soigneusement cachée par mes médecins et spécialistes en "logue".

Ont-ils voulu m'épargner le découragement et me laisser partir la fleur au fusil vers les maléfices des traitements salvateurs ? 

Cette information, d'assez mauvais augure donc, je l'ai ramenée dans mes filets, lors d'une de mes derrières pêches internautiques.

 

Je suis donc une "triplette".

Pas une des trois incroyables "Triplettes de Belleville", (réalisateur Sylvain Chomet) ces vieilles dames à la fois indignes et dingues (ce qui va souvent ensemble) de jazz et swing des années folles... C'est dommage...

Et pourtant comme elles :

"J'veux pas finir mes jours à Tombouctou

La peau tirée par des machines à clous 

Moi je veux être fripée, triplement fripée 

Fripée comme une triplette de Belleville" 

 

Triplette... Ça n'arrange donc pas mes affaires.

Moi qui me trouvais chanceuse de ne point avoir à ingurgiter le traitement quinquennal aux hormones, comme un vulgaire poulet de très basse-cour, il paraît, en fait, que c'est plutôt une chance... en moins... 

En même temps rien ne sert de s'inquiéter outre mesure. 

Et ce fameux traitement que je n'ai donc pas à prendre, m'évite de rallonger et alourdir d'autant la kyrielle de bobos et d'effets dits secondaires en tous genres... dont... l'ostéoporose.

Merci ! Pour celle-ci j'ai déjà donné ! 

Flocons de mort

Les autres papillons, ailés et zélés sont de vrais lépidoptères.

Blancs. Blancs de craie, parfois brunâtres. 

Blancs, petits et nocturnes. Et ils n'ont rien de remarquables, sinon leur nombre et l'appétit incommensurable pour le buis, de leurs chenilles insatiables !

Papillon de la pyrale du buis
Papillon de la pyrale du buis

Lorsqu’elles volent les pyrales du buis, car il s'agit de cette espèce invasive, venue d'Asie, tout comme le frelon, pour l'instant son unique réel prédateur, sont comme une tempête de neige dont les flocons tourbillonnent autour d'une source de lumière ou aux fenêtres allumées des soirs d'été...

Légers flocons blancs... Nuées de papillons ! Porteuses de mort.

 

Certains automobilistes les ont décrites ainsi "des nuées de papillons s’écrasaient contre les pare-brise des voitures, nous obligeant à ralentir et même à nous arrêter pour nettoyer, les essuie-glaces ne suffisant pas..."

 

Hélas, cette ogresse, toute de soie blanche bordée de brun vêtue, a fait son apparition par chez nous il y a un an, peut-être deux, par petites touches discrètes.

Et l'on n'a pas pris garde...

En rentrant de nos courtes escapades en caravanette, nos Eribalades comme je les appelle puisque la caravane est une Eriba (une toute petite juste pour deux), nous avons découvert la catastrophe !

 

Nos buis, les buis de la colline, des collines, des vallées et vallons, des bois, des haies taillées au cordeau, des jardins, tous !

Tous les buis, avaient été dévorés jusqu'à l'os par ces papillons ! Plus exactement par leurs chenilles ! Petites, vertes et jaunes, casquées de noir luisant, elles avaient plumé, dévasté, dépiauté tous les arbustes.

Il n'en reste que des branches jaunies ou blanchies, des fils de soie et des toiles gluantes, et des monticules de déjections vertes comme du thé "gun powder" !

 

Quelle chienlit, comme dirait l'Autre... !

 

La guerre est déclarée.

sources : Pages entomologiques d'André Lequet https://www.insectes-net.fr/pyrale/pyrale3.htm

Nous n'irons pas jusqu'à déraciner les buis ou leur bouter le feu, comme je l'ai vu sur quelques vidéos incendiaires !

Il y a moins radical et moins destructeur.

 

Pendant quatre jours j'ai enfilé ma tenue de combat.

Masques et chapeau me faisant ressembler à un "Kappa" (génie ou diablotin de l'eau au Japon), chemise à manches longues et pantalons.

J'ai préparé une quarantaine de litres de traitement à base de Bacillus thuringiensis kurstaki (Btk), seul traitement naturel, qui détruit l'appareil digestif de la chenille et la fait donc mourir de faim. 

D'accord c'est assez atroce comme mort. Mais les buis risquent aussi de mourir si nous les laissons subir ces aggressions à répétition.

 

Et je suis passée à l'attaque, armée de mon bidon et sa lancette !

Sus à la pyrale !

Sus à l'envahisseuse !

Sus aux papillons à venir !

 

Cela devra être recommencé encore et encore et nous ne savons pas si nous arriverons à quelque chose, mais au moins, en empoignant cette vraie menace par les cornes, en me frottant à cette lutte réelle, la peur de l'autre papillon, le noir, celui de la larve affamée et invisible du Crabe, cette peur sournoise s'est estompée et même les douleurs se sont un peu calmées jusqu'à redevenir "normales", voire "anodines"...

 

Et une bonne prise de sang là-dessus a ôté définitivement, pour trois mois au moins, le doute qui s'était installé en moi.

Le marqueur "cancer" (le CA 15-3) est bien. 

Kappa ! (dessin de Yûichirō Sueyoshi)
Kappa ! (dessin de Yûichirō Sueyoshi)

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