The Cure

The Cure
The Cure

 

Clin d’œil à mon grand "petit frère", avec ce titre  et cette photo ! Pour autant, si mon sujet est bien "The Cure", je ne vais pas évoquer ce groupe mythique de rock britannique, son ambiance sonore particulière et ce look si reconnaissable, charbonneux et hirsute, voire arachnéen, emblématique du leader Robert Smith...

Désolée frangin ! Tu me pardonneras.

 

Non, "The Cure," ce ne sera pas non plus ces rubans roses et ces courses à pied que nos sociétés bien pensantes et "civilisées" ont hissés depuis les USA, pour des campagnes dites de "lutte" ou de "prévention", voire de "sensibilisation" au cancer du sein. On n'est pas à un mot près.

Et, au fond, cela n'a pas de réelle importance puisqu'aucun de ces objectifs n'est atteint.

Pas de prévention, pas de remèdes.

Pas de "Cure". 

LE médicament, LE traitement miracle qui guérira LE cancer, et LA guérison, restent de belles promesses. Double-sens pour ce mot, mais au bout du compte double peine. Beaucoup d'espoir et d'annonces, hélas bien peu suivis d'effets, et ce, malgré des sommes conséquentes versées dans certaines recherches... mais surtout, et encore plus, dans les poches de pas mal d'entreprises grâce à un habile tour de passe-passe.

En effet, "The Cure" fait parler d'elle... 

Et elle fait surtout courir ! 

La "Race for The Cure" organisée sous l'égide de Suzan G. Komen, est le plus grand événement mondial en faveur de la lutte (?) contre le cancer du sein.

C'est dire ! 

Et l'on court depuis 1983... En vain, puisque personne n'a encore trouvé, de près ou de loin "The Cure" ! Et que les morts de ce cancer, malgré les multiples "plans cancer" et la multiplication des "Centres de détection" sensées nous protéger du Crabe, ce qui est un non-sens absolu, continuent à se compter par milliers, sans aucun fléchissement de la courbe.

Un peu comme celle du chômage en France.

A lire sur le sujet le très intéressant ouvrage de Rachel Campergue "No Mammo"....

 

En revanche The Race for the Cure a fait tomber des millions de dollars dans quelques escarcelles : et d'abord celles des groupes pharmaceutiques qui font leur beurre et leur oseille sur la couenne des cancéreuses-et-cancéreux-du-sein, ainsi que dans celles des fabricants de mammographes, ces fameuses "presses à roberts"... Roberts qui n'ont rien à voir avec le Robert de The Cure du début de mon propos. 

 

La boucle est bouclée.

Mais alors, s'il ne s'agit pas de The Cure" version rock, ni de The Cure version course à pied, ni de tout ce qui de près ou de loin s'approche de ce barnum peint en rose, le "Think Pink" (et surtout "dépense pink")...  Rose jusqu'à l’écœurement

De quoi s'agit-il ?

 

Et bien, de moi.

Égoïstement de moi. De "ma Cure".  

De ma petite santé, de mon remède à moi, de ce long et sinueux chemin vers ma rémission, et qui sait, de ma possible guérison ?

Je veux parler de ce qui me soutient, m'apporte baume au corps et au cœur. De ces indicibles lucioles qui pénètrent en moi et ressuscitent mes petites cellules endommagées, amoindries et blessées, à la fois par le Crabe et les traitements infligés. De cette lumière qui se fait lentement jour dans les combes obscurcies de mes nuits, là où les ombres grises et violettes stagnent en marécages de tourbes et d'acides.

Des fenêtres et portes qui s'ouvrent sur des infinis de ciel mauves et bleus.

Je veux parler de ma Cure, pas souvent rose. 

Mais colorée, lumineuse, parfois en demi-teinte, parfumée, douce, vibrante et chaude.

Pas de bruit. Pas de fureur. Pas de gentils organisateurs et animateurs.

Pas de stands. Pas de prix ni de trophées.

Mais chaque matin, la joie apaisée de m'éveiller et me surprendre en vie.

Le bonheur de partager des riens avec mon homme. Ou avec Fleur. Ou les deux.

The Cure, je la déguste, à petites lampées, dans la lumière dorée d'une fin d'après-midi d'orage, quand le soleil se glisse sous la couverture de plomb des nuages et soulève des gerbes de cuivre dans le sous-bois, léchant les troncs et les feuilles humides.

 

The Cure, c'est remettre mes pas, encore et encore dans le sentier mille fois parcouru, autour de la colline, c'est cette faculté à jouir de la brillance d'un scarabée, vert métallique, posé sur la corolle d'une renoncule, de l'immobilité d'une rainette de bronze sombre posée sur le bord de la petite mare ou d'un grillon champêtre stridulant à l'entrée de son terrier.

C'est sentir les gouttes froides de l'averse, les rayons doux d'un soleil qui perce au travers des futaies, c'est m'enivrer du parfum des mousses sous l'ondée et du chant des pins dans le vent du soir... avant de m'endormir doucement, dans le creux de la nuit, bercée par les grillons nocturnes de juin.

 

Ma Cure est dans la présence puissante et sourde de la colline.

 

Et puis aussi dans la pluie tiède de la douche qui ruisselle sur ma tête, mes cheveux revenus, et sur ce sein invisible... dont je porte désormais le deuil en bandoulière. 

 

Ma Cure c'est cette lente et voluptueuse remontée de la sève, qui tarde à venir, mais m'inonde parfois d'un jaillissement soudain de rosée et de miel.

Cela me bouleverse. Aux larmes.

Et puis il y a Lou.

 

Lou qui se lève d'un bond, le matin, comme un jeune cabri, quand les oiseaux diurnes commencent à glousser et s'égosiller, Lou qui plante à tout-va des fleurs, des arbres, des mimosas et des lauriers roses, partout sur la colline. Lou qui les abreuve à larges coups de vieil arrosoir et d'eau de pluie...

 

Lou qui descend dans la vallée deux fois par semaine et remonte les bras chargés de paniers pleins de provisions achetées au marché fermier, Lou qui nous fait des soupes, nous mitonne des plats de son invention, nous compose des salades et nous grille des viandes goûteuses au feu des pignes, ces pommes de nos pins aux écailles parfumées.

 

Lou sur lequel on peut compter. 

 

Lou qui parle peu mais rit parfois très fort. 

Lou qui apprend des tas de choses, tout seul, dans son coin, pour le plaisir, en écoutant de la musique. Loin du monde sur lequel il garde néanmoins un œil attentif et critique.

Lou qui, depuis quelques années, ronfle pendant la nuit, mais m'offre le jour des brassées de fleurs et s'occupe de moi quand je n'en ai pas la force, ni l'envie.

 

Lou qui me regarde et dans les yeux duquel je me vois.

Photo de Christophe Salin (http://christophesalin.com/tag/sanglier/)
Photo de Christophe Salin (http://christophesalin.com/tag/sanglier/)

Lou c'est ma Cure à moi.

 

Il me donne ce qu'il faut d'envie pour continuer, ce qu'il faut de courage pour avancer.

Il me fait oublier ma descente aux enfers malsains dans les Territoires du Crabe.

Lou me tire vers le haut, souvent, vers la lumière, quand j'ai tendance à me recroqueviller comme une feuille sous la gelée. Lou me pousse à bouger, à passer outre les douleurs, à me relever, à me redresser.

 

Lou sait être attentif.

 

Lou sait être parfois aussi rugueux, qu'un vieux sanglier solitaire, rêche et bourru. Mais il sait aussi avoir la douceur et la tendresse dont j'ai tant besoin !

Un subtil contraste, d'ombre et lumière.

 

Voilà. C'est Lou. C'est mon compagnon de route.

Origanum_majorana
Origanum majorana

Et puis... il y a Fleur.

Ma douce, ma belle, ma petite plante sauvage, forte et fragile à la fois. Ma grande.

Ma fille !

 

Notre Fleur des champs qui a poussé comme une éblouissante "mauvaise herbe", fraîche et rose comme un matin, entre bruyères et genêts, granit et schiste, torrents glacés et châtaigneraies accrochées aux nuages, entre Cévennes et Montagne Noire, entre les pieds de l'Aigoual et ceux du Caroux !

Avant de s'épanouir, un peu plus forte encore, plus tard, aux franges de l’Océan Indien, ses rouleaux en furie et ses langueurs salées, sur des côtes noires des laves descendues des volcans, dans les champs de cannes à sucre, à l'ombre des manguiers et papayers, des flamboyants oranges et des jacarandas bleus, sous les caprices incandescents du Piton de la Fournaise et l’œil dévastateur de certains cyclones...

 

Fleur des villes aussi, qui pousse, intacte, entre les fissures du béton, qui trace bravement son bonhomme de chemin, malgré les ornières glissantes parfois, mais aussi les sommets admirables !

 

Fleur Cadurcienne, Fleur Toulousaine, Fleur Tokyoïte, Fleur Parisienne... Fleur du Monde.

 

Fleur dont le sourire lumineux m'a toujours accompagnée, même lorsque elle était loin, éclairant les tréfonds obscurs et toxiques des Terres où sévissait le Crabe, Fleur dans les yeux de laquelle j'aime à contempler les petites étoiles qui brillent et s'allument.

 

Fleur qui a tenu ma main quand je croyais chavirer.

 

Petite grande Fleur : merci ! Merci d'exister, d'être venue nous rejoindre, Lou et moi, dans ce Monde aux multiples facettes !

 

Fleur, pour laquelle je voudrais dessiner des horizons de clarté et de bonheur !

 

Fleur, ma petite Cure à moi.

1984 - Fleur, petit chaton et Lou...
1984 - Fleur, petit chaton et Lou...

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Commentaires : 8
  • #1

    Pierre (lundi, 05 juin 2017 20:02)

    Superbe

  • #2

    Fleur (mardi, 06 juin 2017 16:21)

    Olalala tu veux nous faire pleurer des torrents de larmes ?... :)
    C'est très beau, merci.

  • #3

    Blaze Jessica (mardi, 06 juin 2017 17:52)

    C'est magnifique.
    On s'évade avec toi, loin, dans ces montagnes qui me sont si chères.
    Lorsque je vais chez mes parents, je passerais des heures assise dans la colline, à observer les rochers, les arbres, les lavandins. Un jour, c'est sûr, j'irai les rejoindre.
    Bravo pour ton courage, continue ainsi. Tes textes sont somptueux. Jessica

  • #4

    Marie (mercredi, 07 juin 2017 10:58)

    Que dire...tout est poésie et sagesse...
    Tu y arriveras
    Je t'envoie des milliers d'ondes positives ✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨
    Et j'embrasse bien fort ����

  • #5

    marie (mercredi, 07 juin 2017 20:10)

    que du bonheur de te lire,merveilleux encore merci

  • #6

    L'année des Lucioles (mercredi, 07 juin 2017 20:19)

    Merci à tous pour vos commentaires :)

  • #7

    Eustache78 (lundi, 03 juillet 2017 11:38)

    Merci de ces beaux textes.
    Je suis tombé dessus par hasard presque (le hasard n’est jamais complet…..).
    Bravo pour votre courage ne lâchez pas surtout.
    Des témoignages comme le vôtre sont précieux pour ceux qui n’ont pas les mêmes ressources humaines, physiques, sociales, internes, que sais-je au fond.
    Je pense fort à vous et un petit témoignage à mon tour.
    Pour garder le plus loin et le plus longtemps possible le crabe qui moi attaque mon sang (lymphome - j’ai à peu près le même âge que vous (né en 1950 – 67 ans dans 3 mois), pile poil l’âge ou cette cochonnerie a l’habitude de pointer son nez) je me gave tous les matins d’un 1/3 de cuiller de curcuma, 1/3 cuiller gingembre, poivre huile d’olive et un peu de thé pour faire passer cela.
    Et j’évite tout ce qui me provoque des inflammations du corps (j'ai fait un analyse de sang pour connaitre les aliments qui provoquent une inflammation). Et du sport et essayer de faire ce qui m’apporte de la joie.
    Ma modeste contribution à votre blog passionnant.
    Avec mes sentiments les plus chaleureux. Hold on !!!!!
    h.neyrand@euridis.net

  • #8

    Le Sentier des Lucioles (lundi, 03 juillet 2017 19:01)

    Merci @ Eustache78
    Tenez bon ! Hold on you too !
    Et surtout tenez à distance ce crabe là à coup de "poudre magique" (issue semble-t-il, des conseils "anti-cancer" de David Servan-Schreiber ?)
    Je vous réponds plus longuement par e-mail :-)
    A-Marie