L'Année de la Marmotte

"affût" Marmottes 2011- Crédit photo "Le blog de mickael26"
"affût" Marmottes 2011- Crédit photo "Le blog de mickael26"

Plantée à l'entrée de mon terrier, sombre mais rassurant, j'hésite encore à pointer le bout de mon nez

Je guette l'ombre qui pourrait me faire rapidement rebrousser chemin. Je n'ose croire en la lumière.

 

Une torpeur tiède et lourde m'empêche de m'éveiller tout à fait. Des tempêtes de vents et de pluies ont secoué la colline. Le petit peuple dort encore.

Le printemps dévoile pudiquement ses prémisses de bourgeons pointus et plein de sève, de jonquilles et mimosas, mais l'hiver n'en a pas fini avec nous. Avec moi.

Et j'ai peur.

Derrière moi, l'impression d'une drôle d'année faite de répétitions monocordes et de journées ternes, sans relief. Une longue hibernation.

Les jours se suivent en une ronde étale, sans contours définis.

Et la fatigue m'accable encore. Tellement.

Manger, dormir, s'éveiller et recommencer.

Marcher un peu. Trois pas, trois tours de colline quotidiens, coûte que coûte. Pour assouplir membres et muscles endoloris.

 

Marmotte ensommeillée par ce trop long sommeil, je n'ai pas la force de m'éloigner, ni de gambader hors du trou. De temps à autre, pourtant, je vais laper un peu de soleil. Je m'allonge, à l'abri d'un muret, sur les lichens et feuilles mortes, offrant mes jambes, mon ventre et mes bras nus à ce miel doux et chaud qui s'écoule sur moi.

Pendant un instant je me sens bien.

Légère, hors du temps et de la pesanteur. Mais le froid revient vite nouer mes os, mes muscles, mes vaisseaux. Tout mon corps reste prisonnier d’élancements brûlants, de tremblements profonds et de raideurs de vieilles branches qui craquent. Reviennent alors les paroles lancinantes des médecins "Ce sera long, très long !"...

J'ai du mal à me reconnaître : un peu courbée encore par ce qui a brisé ma colonne et ma poitrine, le cou engoncé dans le col, poitrine et ventre aux formes de bonbonne ou de barrique, je reste là, debout, hébétée, ne sachant que faire, sinon attendre.

 

Mais attendre quoi ?   

Je m'éveille parfois, la nuit, en sursaut, terrorisée : je suis en nage, ma cervelle cuit à gros bouillon dans son chaudron de crâne, et des milliers de pensées s'entrechoquent, s'électrocutent et me court-circuitent .

 

Et si... Si Karkinos, le crabe, le cancer, avait décidé de continuer son oeuvre de destruction ailleurs, dans mes os, mon foie, ou surtout dans ma tête ? J'ai le vertige. La nausée. Je me sens démunie, complètement vulnérable désormais.

 

Chaque matin est un recommencement sans fin, j'ai du mal à me lever, à cause de cette frousse noire, mais aussi à cause de ces douleurs qui reprennent place dès que je suis debout. Mon cœur en l'absence de mon sein gauche résonne trop fort dans ma poitrine. J'ai le souffle court.

 

J'ai peur de mon ombre !

 

Comme la Marmotte...

 

On raconte, lors du "Jour de la Marmotte" (Groundhog Day) qui tombe à la Chandeleur (2 février) que "si elle voit son ombre parce que le temps est lumineux et clair, elle sera effrayée et se réfugiera de nouveau dans son trou, et l'hiver continuera pendant six semaines supplémentaires."

 

Il devait faire beau, soleil, et ciel bleu, le 2 février dernier... Car l'hiver se prolonge...

Et "mon" hiver aussi.

 

Pourtant depuis une bonne quinzaine de jours, les dépressions venant du sud ou de l'océan, se suivent et se poursuivent, balayant l'hiver d'ondées capricieuses et de vent d'Autan, fou et impulsif. Le printemps approche.

 

Il y a des jours où, sans que je ne sache pourquoi, je me sens pourtant avec la vie à fleur de peau, à fleur de lèvres.

Des bouffées de joie, incontrôlées, me bouleversent et me font croire à un meilleur avenir. Ou du moins à un avenir tout court. Mes doctes docteurs sont satisfaits et me trouvent "bien". Je les crois à moitié : la médecine est plus un art qu'une science...

source http://www.abcdetc.com
source http://www.abcdetc.com

Je sors la tête de mon trou, parfois, pour sourire au ciel bleu, aux troupeaux de nuages, aux fleurs de romarin bourdonnantes déjà de gros et lourds butineurs.

Je me sens bien alors. Envahie d'espoir et de projets un peu dingues.

Je me saoule à l'air du temps, jusqu'à plus soif.

J'écoute le clapot de l'averse, le chant des pins sous le vent, les premiers tweets de parades amoureuses des passereaux.

Je me coule, apaisée, dans l'univers, je deviens herbe, ronce, pierre, feuille, goutte de rosée, araignée diaphane sur sa toile argentée par le soleil rasant d'une fin d'après-midi, je suis colline qui se dore sous la pourpre du soleil qui plonge, là-bas, à l'ouest, sur le Lot-et-Garonne...

 

Je me laisse inonder par le plaisir d'un petit travail mené à son terme, un brin de ménage, une lessive odorante étendue au vent qui claque, ou un tri sommaire mais nécessaire dans mes vêtements dont beaucoup ne me vont plus à cause des dernières transformations dues à l'ablation de mon "chrysanthème" et tout ce qui s'en est suivi... 

 

Et le goût des bonnes choses revient peu à peu : cet acide, horrible, chlorhydrique ou sulfurique, qui me tient lieu de salive depuis bientôt deux ans, qui brûle ma langue et mes gencives, me faisant craindre de perdre toutes mes dents, semble enfin se dissiper !

Pour amplifier et accélérer le processus, je me suis résolue à jouer au "Petit Chimiste" et à fabriquer mon propre dentifrice poudre, à base d'argile blanche, bicarbonate de soude, fleur de sel et huiles essentielles pour réduire ces jets d'acides !

Et ce n'est pas désagréable.

 

Sur ma lancée, puisqu'il semblerait que les sels d'aluminium contenus dans les déodorants puissent provoquer des tumeurs mammaires, du moins chez chez les souris, j'ai donc aussi concocté des petits déodorants "maison", un liquide en spray et un solide en stick, dont je suis assez fière, et qui paraissent de surcroît, ce qui n'est pas négligeable, remplir leur rôle.

Crédit photos "Chez Mumu" (arcus.centerblog.net)
Crédit photos "Chez Mumu" (arcus.centerblog.net)

Cela occupe mes journées et me donne l'impression de me "cocooner" ; et cela ne fait pas de mal.

Je dorlote la marmotte ! Qui se laisse faire.

 

J'observe de loin, mi inquiète mi amusée, la folie qui agite notre monde "civilisé".

 

D'abord cette élection surréaliste mettant à la tête d'un des plus grand pays de la planète, une brute vulgaire, à la psychologie fruste, au toupet improbable, imbue de sa personne, pur produit de la télé-réalité et de l'argent et que l'on nous montre, entouré de "ses gens" sommés d'applaudir à ses "exploits", et sous une armada de cameras, appliqué à apposer lentement sa marque au bas de nombreux décrets, pondus dans l'urgence, et qui regarde son oeuvre finie avec cet air satisfait d'un enfant qui viendrait de commettre son premier dessin ou ses premières lettres.

 

 

Faut-il en rire ? Ou en pleurer ? 


 

Et maintenant, c'est chez nous , que se joue la scène rocambolesque et pathétique de ce candidat de droite, tellement "droit dans ses bottes" qu'il ne peut plus avancer, ni reculer, "Droopy" aux gros sourcils tristes, empêtré par ses propres contradictions et incohérences, pantin plus que probable d'un de ses plus féroces "amis" et membre de sa propre "famille politique", et qui crie "au loup" et "au complot" dans la mauvaise direction...  

 

Ce sont désormais les passions qui font loi : la haine, le ressentiment, la vengeance, le mépris, l'agressivité, la parade, la vanité,  l'arrogance, l'orgueil...

 

Nous en avons encore hélas pour deux mois, si les élections ne sont pas reportées pour cause d'empêchement, de ce navrant spectacle auquel se livrent nos chers, très chers même, crabes dans leur panier, à avoir le tournis devant ces pantalonnades qui n'arrangent pas les affaires de notre pays. 

 

 

La vie s'amuse à nous jouer bien des tours !

Est-ce pour mieux nous faire comprendre la futilité de toutes ces "choses" ? 

 

"La vraie vie est absente." écrivait A. Rimbaud... 

Crédit photo www.Bergnews.com
Crédit photo www.Bergnews.com

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Commentaires : 5
  • #1

    gauthier (lundi, 06 mars 2017 16:12)

    Belle et pauvre petite marmotte: c'est beau, mais c'est très triste! Je suis ému, c'est, bien sur, la moindre des choses; MAIS, comme on dit ici: "kimbé red, pa moli"; tu connais le sens?

  • #2

    Le Sentier des lucioles (lundi, 06 mars 2017 19:34)

    Merci @gauthier (je t'ai reconnu !) pour ce message et ce "kimbé red, pa moli"... en le prononçant à voix haute je me dis que cela veut dire quelque chose comme "tiens debout, ne mollis pas"... Tiens bon quoi... Je tiens ! Comme dirait l'autre je suis une femme debout (j'essaie !) :-)

  • #3

    Mary (mardi, 07 mars 2017 21:36)

    Toujours un plaisir de te lire...et avoir ainsi de tes nouvelles !
    Bien sûre que tu tiens ! TU es DEBOUT et BIEN une FEMME DEBOUT ! ;-))

    1000 bises

  • #4

    Le Sentier des Lucioles (mercredi, 08 mars 2017 15:40)

    Merci :)

  • #5

    uyttenbroeck miette (samedi, 11 mars 2017 16:19)

    tres beau et lucide comme d'habitude miette