Les Longues Nuits à venir

Décembre nous a apporté son lot de belles journées, de soleil et de ciel bleu.

Pas de gelées, pas de frimas. 

Quelques journées de vents et nuages ont décroché les dernières feuilles mortes, et Lou les a rassemblées pour en faire des "banquettes" de futur compost où nous planterons des fleurs, du thym, de la sauge et du romarin.

 

Décembre a aussi sonné l'anniversaire de Lou. 

Un tout petit arbre soigneusement emballé est arrivé par transporteur spécial jusque chez nous....

Un bonsaï "orme de Chine" (Ulmus Parviflora) que Fleur a fait envoyer tout spécialement pour les 57 ans révolus de son papa accompagné d'une bouteille de champagne !

Et cette année j'ai pu cuisiner, un peu ! Une pintade en cocotte aux raisins frais et graines de sésame grillées, ainsi qu'un gâteau aux pommes nappé de chocolat. Et j'avoue que ce n'était pas trop raté... 

 

La légèreté de vivre s'invite ainsi sur notre colline. Loin des turbulences du monde dont les échos nous parviennent à heures régulières par les ondes radio, et l'Internet, et même la télévision.

 

"Les temps changent" dit Bob Dylan. 

 

De guerres civiles en massacres, au nom de Dieu, de plus en plus souvent comme dans les temps reculés et obscurs, mais surtout au nom de l'argent, des influences et des luttes pour le pouvoir sur le grand échiquier, ou même, et c'est peut-être plus terrible encore, au nom de rien, de catastrophes annoncées, en crises multiples et élections plus ou moins truquées ou au moins biaisées, nous voyons les mondes que nous connaissions, basculer, chaque jour un peu  

""Sur la Breitscheidplatz à Berlin, seules les lumières bleues des voitures de police et des ambulances clignotent, mais leurs sirènes sont en sourdine" (Sources  Der Speigel)
""Sur la Breitscheidplatz à Berlin, seules les lumières bleues des voitures de police et des ambulances clignotent, mais leurs sirènes sont en sourdine" (Sources Der Speigel)

plus, inexorablement, pendant que d'autres, souvent inquiétants, surgissent. 

 

Noël n'est plus guère qu'une machine bien huilée pour consommer encore et encore, sans état d'âme.

Ici.

Pendant que dans un ailleurs autre, les hommes se fracassent, meurent et s'entretuent.   

 

Et les marchés de Noël ne sont plus ce qu'ils étaient. Des sapins et des larmes. Du sang et des ténèbres.

 

Un étrange silence s'installe.

 

Nous ne pouvons pas oublier ce qui se passe "autour" de nous. Il nous faut vivre avec. Sans regarder obstinément ailleurs, sans fermer les yeux, sans nous racornir dans notre coin, sans faire semblant.

Tâcher à notre petite échelle de faire au mieux. Sans nuire.

Nous ne pouvons pas empêcher l'inévitable. 

Mais nous pouvons préserver ce qui peut l'être.

 

Il nous faut trouver, imaginer, créer de quoi réchauffer et éclairer nos vies et celles de ceux que nous aimons car chaque vie est unique. Précieuse. Et parfois bien courte. Ne pas bâcler cette vie qui nous a été donnée sans que l'on ne sache pourquoi ni pour quoi, ne pas la saboter par de vaines récriminations, plaintes et gémissements.

Chaque jour, je me réjouis de ne pas être née aux mauvais endroits, aux mauvais moments, ou avec les "mauvaises" couleurs de peau, je me réjouis de pouvoir vivre à l'abri des bombes et du froid, avec de quoi manger, boire et me laver, dormir au chaud, sans soucis, et avec le plaisir que ces joies simples procurent au quotidien.

Ce n'est pas grand chose et c'est énorme. Quel cadeau !

D'aucun penseront : pur égoïsme. Peut-être.

 

Et je me réjouis de simplement pouvoir cuisiner un bon repas, lire tous les livres que j'ai envie de lire, écrire ce que je pense, conduire ma voiture, sortir, sans voiles et sans surveillance, sentir le vent dans mes cheveux qui ont repoussé (le "voile" je l'ai porté pendant plus d'un an... !) ouvrir et avoir mon propre compte en banque sans l'autorisation infantilisante d'un père ou d'un mari... 

Et pouvoir voter.

Et je me réjouis que celles qui le souhaitent puissent (encore !) avorter.

Mais, si nous n'y prenons garde, les temps qui s'annoncent pourraient voir tomber aux oubliettes ces libertés, que je trouve pourtant simplement normales, et pourtant si durement acquises. Cette liberté n'a rien de définitif. Tout peut basculer. 

 

20 décembre 2016

 

Mon humeur est étrangement mitigée. 

La maison prend ses airs de fêtes, à la fois intimistes et chaleureuses. Lumières, guirlandes, boules colorées, sapin que Lou a déniché sur la colline (un pin sylvestre en réalité), les cadeaux sont emballés, les repas de Noël sont prévus, plus ou moins, la maison est douce et tiède.

Nous attendons la venue de Fleur.

 

Dehors un temps à la neige s'est installé. Il fait froid, humide, un feutre épais et gris enserre la colline.

 

Ma petite santé me permet  cette année de fêter ce Noël, sans faire de folies certes, mais sans soucis non plus.

 

Alors ?

 

Alors, une inquiétude sourde s'est insinuée en moi. Une inquiétude, ou peut-être déjà un pressentiment, qu'a fait naître ce monde qui change, qui se termine, qui bascule et se disloque. Dans la douleur.

Ces populismes qui montent, ces haines qui surgissent, toutes ces réactions à vif, sans mesures, sur le volcan des émotions qui couvent. 

Un grand désordre dont je ne sais ce qui surgira.

 

Nous devrons nous adapter. Et vite, car nous dansons sur un volcan.

 

Bientôt la nuit la plus longue de l'année. Solstice d'hiver, renaissance de la lumière. Viendra-t-elle de cette obscurité qui nous assaille ? Notre vieille Europe décroche et décline. La France s'enferme dans des structures cadenassées, lourdes et passéistes. Et s'y accroche désespérément, attendant le miracle de celles (rares !) et ceux qui sont déjà en piste pour le pouvoir. 

Faudra-t-il une décroissance pour entrevoir les solutions ?

La banquise craque de toutes parts, la terre se réchauffe et les esprits s'échauffent... 

"il faut penser l'impensable - l'Histoire est imprévisible" (Nicolas Baverez "Danser sur un Volcan" Albin Michel)
"il faut penser l'impensable - l'Histoire est imprévisible" (Nicolas Baverez "Danser sur un Volcan" Albin Michel)

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