Les galinettes du bon Dieu et les réduves masquées...

"galinette" (galineto dâou bon Diou)
"galinette" (galineto dâou bon Diou)

Octobre n'est pas rose... malgré cette couleur affichée et revendiquée dans la "lutte contre le cancer du sein". 

Octobre est rouge.

Orangé, doré, pourpre, bordeaux, vermillon, cramoisie, carmin...

Couleur de miel, de raisins et de vin.

Couleur de sang : celui qui ne ment pas. Couleur de feu. Couleur de crépuscules et d'aurores.

Couleur primaire.  

 

Depuis l'équinoxe de septembre, les matinées ont encore raccourci , et le soir tombe plus vite. Le soleil s'est arrondi et adouci. De petites bruines et averses sont enfin arrivées et ont abreuvé la colline : alors les feuilles que l'été avait calcinées, sont tombées, permettant aux arbres et arbustes de conserver encore leur feuillage vert.

Abeilles, guêpes et bourdons ont disparu. Seuls quelques papillons retardataires, aux couleurs délavées, volettent encore autour de veilles touffes d'herbes et de lavandes fanées.

Il y a longtemps que les dernières cigales sont mortes.

Il fait plus froid. Les bestioles se pressent pour se mettre à l'abri. Murailles, écorces... Nous retrouvons chaque jour dans la maison des araignées, de grosses cétoines, des "gendarmes" rouges et même des lézards.

 

Et nos fenêtres et piliers de pierre tournés vers le sud sont devenus la cible de milliers de coccinelles cherchant un abri pour leur diapause hivernale : les galinettes, ou Bête à Bon Dieu de mon enfance occitane...

Mais celles-ci ne sont plus ces bonnes coccinelles rouges à sept points d'autrefois mais leurs "cousines" asiatiques importées de Chine, répandues par l'homme dans sa lutte "biologique" contre les pucerons, une action humaine une fois de plus non maîtrisée car ces bestioles rouges (ou oranges) sont vite devenues, hélas, invasives et prédatrices de nos anciennes et locales galinettes...

 

Puis, un matin d'octobre, les premières feuilles rougies par la rouille de l'automne ont surgi.

La colline : ses érables, cornouillers sanguins et alisiers rougis par l'automne !

 

La roulotte a elle aussi subi une invasion en règle, non de galinettes mais de réduves masquées (Reduvius personatu), noires et puantes ! Des punaises hideuses et peu sympathiques !

A l'état larvaire leurs corps est collant et elles se recouvrent de poussière pour passer inaperçues : elles se masquent ainsi à la vue de tous. Nous les côtoyons sans le savoir. Sans les voir.

 

Nous avons mis d'ailleurs longtemps à faire le rapprochement entre cette "chose" couverte de poussière et peu ragoûtante et les grosses punaises brunes au corps allongé qui squattent nos planchers, escaliers et surtout, dès les premiers matins froids, notre roulotte, et dégagent une odeur repoussante rappelant l'amande amères chimique, si nous les dérangeons ou les écrasons ! 

 

En fait le réduve masqué sort la nuit pour nous débarrasser de toutes sortes de petits nuisibles : mouches, moucherons, moustiques, araignées, mites, etc.  et même les punaise de lit.

 

Moche, malodorant, repoussant mais... utile, ce ninja masqué !

 

Il y a neuf mois maintenant, le temps d'un enfantement, que j'ai reçu une perfusion d'Aclasta® et mes os ont dû se solidifier. J'ai moins peur des fractures. Moins peur du spectre de la douleur, aussi insupportable qu'explosive des tassements vertébraux.

Le matin je me lève avec moins d'appréhension. Même si j'ai toujours l'impression d'avoir reçu un fameux coup de bâton ou d'épée en travers de la poitrine et de l'omoplate gauche, même si mon dos semble encore être écorché par endroit, ces "bobos" parviennent à se faire suffisamment discrets pour que je commence, parfois, à les oublier. Un temps. Quelques minutes. Voire quelques heures.

Marcher est moins pénible aussi. 

La nuit les douleurs et des crampes dans les jambes, les pieds et les mains m'éveillent encore. Comme si mes muscles se roulaient en boule sous d'infimes mais constantes décharges électriques ou piqûres d'aiguille. Mes mollets et mes cuisses sont serrées dans un étau. 

En cause ? Les neuropathies périphériques, (polyneuropathie sensitive distale, symétrique), cette peste induite par les taxanes du traitement chimiothérapeutique !... Et qui n'en finit pas.

 

Le chirurgien, le Dr J. Neko, vu début octobre a pris sa figure "je suis navré". Répétant comme tous les autres docteurs que c'est un des effets de la chimio les plus longs à disparaître. Cela peut prendre plusieurs années après le traitement. Si toutefois il disparaît un jour.

Mais de solutions : aucune. Sinon patienter. Encore. Plusieurs années donc ?

 

Heureusement, je sens que ma bonne étoile est toujours là. Je vois le sentier de ma nuit éclairé par ces petites lucioles qui m'accompagnent. Je sais que la vie continue.

Je ne suis pas guérie, mais j'avance, et le fardeau s'allège.

 

Ce que l'on prend pour un nuisible ne l'est pas toujours.

Et vice versa : c'est la leçon des petites bestioles.

Et de l'automne.


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