Averses de Printemps

 Depuis plusieurs jours, il pleut.

 

Parfois l'averse est si dense et brutale ! Les gouttes crépitent sur la fenêtre et plus encore sur la lucarne au-dessus de l'ordinateur où j'écris et d'où je vois le ciel défiler en lourds et gros nuages joufflus ou légers moutons blancs et gris sur des coins de ciel bleu. 

Parfois c'est une ondée, à petits pas menus qui danse sur la vitre. Parfois l'eau coule comme une douche tiède, rideau d'eau ininterrompu, sans violence, sans ardeurs.

Puis un rayon de soleil s’immisce entre les nuées et chasse les averses, un coup de vent balaie le ciel. Feuilles mortes emportées, roulées comme des oiseaux dans une bourrasque.

Le ciel secoue ses édredons de vents et de pluie et dévoile un instant un large ciel tout bleu, tout clair, avant de se recouvrir.

Après le repas de midi, le soleil nous fait de l''œil : j'ai enfilé grosse veste et godillots, et Lou et moi partons sur la colline.

A peine avons-nous passé la vieille remise que le ciel à l'ouest est devenu tout noir et a commencé à lâcher ses premières gouttes. Tout là-bas, sur les rondeurs de la Dordogne de larges rideaux d'eau grise barrent déjà tout l'horizon.

Et soudain l'averse est sur nous. J'ouvre mon grand parapluie vert, comme une large feuille de lotus, et m'arrête. Les gouttes filent par le travers, serrées et rapides.

Lou a accéléré l'allure et il marche tête baissé et dos courbé contre le vent.

Je reste un moment ainsi, sans bouger, abritée de la pluie par le nylon tendu sur les baleines noires, assourdie par le roulement de tambour des gouttes. L'air sent le vert tendre de printemps. Les mousses sont devenues des éponges détrempées.

De là où je suis, je m'aperçois que les cornouillers mâles sont piquetés de petits bourgeons jaunes et quelques pâquerettes ont ouvert leur corolle blanche autour du point d'or de leur cœur.  

Au jardin les boutons roses des pêchers attendent le grand renouveau de la terre.

 

Dans la vallée une brume blanche et légère folâtre. Sur la route plus loin, un moteur de voiture ronronne.

Aucun bourdon, aucune abeille, aucun papillon. Mais le romarin est toujours fleuri et chaque fleur est une coupe chargée d'eau parfumée ! Je reste là, encore un peu, sans bouger, sous mon parapluie vert à humer la terre et l'herbe mouillées.

Puis l'averse se calme.

Je reviens vers la maison à pas comptés. 

j'ai toujours l'impression de porter un sac de cailloux sur mon dos et ma cicatrice creuse son sillon dans ma poitrine. Mais je peux rester debout, et, surtout marcher un peu.

Mes vertèbres semblent tenir le coup cette fois.

Le produit (Aclasta®) déversé dans mes veines semble produire son petit effet.

 

Pendant l'heure du thé, le ciel s'est découvert. Puis, d'autres nuages sont revenus, avalant la clarté. Puis, le soir lentement tombe, noyant de gris le coucher du soleil. ainsi s'enchaînent les heures.

Le poêle ronfle au ralentis. Il fait bon et doux dans la maison.

 

Cette nuit encore je dormirai bien. Et sûrement longtemps.

 

Mais hier, la vie s'est pourtant arrêtée de ronronner : la nouvelle est tombée. Un de nos amis, plus loin, sur une autre colline, est mort.

Il avait mon âge.

Le Crabe, encore et toujours lui... Celui-là avait creusé son antre dans les méandres du cerveau et rien ne l'a fait déguerpir.

 

Avec mes divers bobos, finalement, et égoïstement, je m'estime heureuse... 

 

Et pendant que d'aucun grogne contre ce "mauvais temps" et cette pluie qui nous noie et nous abreuve, je prends plaisir à regarder les gouttes, les traits qu'elles tracent, les cieux aux couleurs changeantes que les averses colorent et décolorent, les couchers de soleil qui se glissent sous la couverture nuageuse pour éclater plus loin en rubans de métal flamboyant, j'écoute les ondées chantonner sur les tuiles, les arbres, les fenêtres.

 

Il pleut et je m'ébroue à la manière d'un chat mouillé.

Il pleut et la nature se gave et se prépare pour le printemps qui arrive.

 

Il pleut.

  

Et je suis en vie !

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Eribalin (mercredi, 24 février 2016 15:26)

    C'est rudement bien décrit !
    Cette pluie, ses couleurs, les détails du bruit et cette petite grenouille qui a l'air de ce mettre à l'abride la pluie, sous sa feuille ! !
    Merci Marie.
    Alain